Après avoir suivi DIN Vuthny dans son incroyable parcours jusqu’en 2019, nous le retrouvons aujourd’hui transformé, mûri et plus déterminé que jamais. De jeune adolescent timide découvrant les salles de classe de Taramana, il est devenu un médecin passionné, désormais spécialisé en pédiatrie et en néonatologie en France. Avec humilité et une profonde gratitude pour ses racines, Vuthny nous partage son chemin depuis son départ du Cambodge, ses défis, ses réussites et la manière dont les valeurs acquises au centre continuent de guider chacun de ses pas.
Depuis la dernière interview en 2019, comment s’est passée la suite de vos études de médecine ?
Depuis la dernière interview en 2019, mes études de médecine se sont bien passées comme ce que je souhaitais puisqu’après sixième année en médecine, j’ai pu passer un concours de spécialité en pédiatrie. Les études de spécialité durent 4 ans ou je devais me mettre sur le terrain à l’hôpital pour apprendre à devenir un bon pédiatre. J’ai commencé à aimer les nouveaux nés qui sont adorables mais fragiles, la raison pour laquelle je fais la spécialité en néonatologie en France.
Pouvez-vous nous raconter votre arrivée et votre intégration en France ?
Aller en France était mon rêve depuis mon enfance. Au début, j’étais très excité d’être en France, puis ce n’était plus un rêve, c’était la réalité dans la vie que ce n’était pas toujours facile, je devais m’adapter avec des nouvelles choses comme l’environnement, le climat, la culture, la nourriture, qui étaient la meilleure façon pour moi d’apprendre à savoir vivre.
Quelles ont été les plus grandes différences entre étudier la médecine au Cambodge et exercer en France ?
La langue : En France, il faut maîtriser le français pour pouvoir communiquer avec l’équipe médicale, paramédicale, patients et famille de patient et surtout pour les dossiers administratifs. Au Cambodge, on utilise plus le khmer pour communiquer et les dossiers administratifs sont en anglais ou en français.
Le travail : En étant interne, la charge de travail et la responsabilité sont beaucoup plus lourdes en France qu’au Cambodge.
Mais les internes en France sont beaucoup mieux rémunérés qu’au Cambodge.
La relation: C’est plus hiérarchique pour la relation entre médecin patient au Cambodge. En France, le lien patient médecin est proche
et simple.
Les matériaux et la compétence: En France, les médecins et les infrastructures médicales sont plus modernes, standardisés et avancés
qu’au Cambodge.
Pouvez-vous nous décrire une journée type au CHU de Lens ?
Mon rythme de travail à l’hôpital en France :
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8h45 arrivée au service pour le staff
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9h30 commencer le travail dans le service : Examiner les petits patients, faire des prescriptions
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13h30 pause pour le déjeuner
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14h00 : faire toutes les activités dans le service comme des gestes médicaux (Cathéter central, Cathéter ombilical, échographie cardiaque, échographie transfontanellaire …), faire des dossiers administratifs, demander des bilans paracliniques, réanimer des nouveaux nés en salle de naissance…
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18h30 : rentrer du travail.
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Pendant la garde : il faut continuer de 18h30 jusqu’à 8h30 (24h dans le service).
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Quel est l’aspect le plus gratifiant de votre travail actuel ?
L’aspect le plus gratifiant de mon travail actuel, c’est de voir les tous petits bébés qui ont vécu des longs parcours en réanimation, et qui finissent par bien s’en sortir avec une bonne évolution.
Rencontrez-vous des défis particuliers dans votre métier en France ?
Oui, il n’y avait pas mal de défis durant ma formation en France comme la barrière de la langue, la limitation de mes compétences, les charges et les rythmes de travail très intenses. En fait, j’aimerais bien remercier toutes les difficultés puisque cela me rend plus fort, plus mature.
Avec du recul, quelles compétences ou valeurs acquises à Taramana vous servent encore aujourd’hui dans votre métier ?
Les compétences ou valeurs acquises à Taramana sont :
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Le français, Taramana, était ma première école où j’apprenais le français, qui me permettait de continuer mes études supérieures en médecine, et avoir une occasion de me former en France.
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Être à l’écoute : À Taramana, on apprend à écouter, à comprendre les besoins des enfants. À l’hôpital, cette capacité d’écoute bienveillante aide à établir une relation de confiance avec les patients et les familles de patients.
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Travailler en équipe : Taramana transmet une vraie culture de solidarité et d’engagement humanitaire. Ce même sens au milieu hospitalier : aider les autres, sans attendre de reconnaissance.
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Le théâtre et les langues vous ont-ils aidé dans votre pratique médicale ?
Oui le théâtre et les langues m’ont beaucoup aidé dans ma pratique médicale, cela me permet de bien me débrouiller et de créer de bonnes ambiances avec mes équipes médicales.
Si vous pouviez parler à l’adolescent que vous étiez à 13 ans en entrant à Taramana, que lui diriez-vous ?
Si je pouvais parler à l’adolescent de 13 ans que j’étais en entrant à Taramana, je lui dirais de ne jamais sous-estimer lui-même et la force de la curiosité. Je lui dirais aussi de ne pas avoir peur de rêver grand : même si les obstacles semblent immenses. Chaque journée passée à Taramana est une pierre posée sur le chemin qui nous mènera plus loin que tu ne l’imagines.
Que faisiez-vous pendant vos cours à Taramana ?
Pendant mes cours à Taramana, j’apprenais avec concentration, je faisais ce que le professeur me disait, je l’écoutais attentivement et bien notais dans mon cahier. Après les cours, je relisais un peu ce que j’apprenais, et à la maison je les réalisais avant de dormir.
Quel conseil donneriez-vous aux élèves de Taramana qui rêvent aussi de travailler à l’étranger ?
Le conseil que je donnerais aux élèves de Taramana qui rêvent de travailler à l’étranger, c’est de croire en leurs capacités, leurs rêves, même quand le chemin semble long ou difficile. Quand on vient d’un environnement modeste, on peut parfois se dire que partir étudier ou travailler à l’étranger, c’est impossible pour nous. Mais ce n’est pas vrai : avec de la persévérance, de la discipline et surtout de l’envie, tout devient possible. Apprenez chaque jour quelque chose de nouveau, pas seulement dans les livres, mais aussi auprès des gens autour de vous. Continuez à pratiquer le français et l’anglais, à oser parler, même si vous faites des erreurs. C’est comme ça qu’on progresse. Sachant que bien maîtriser les langues étrangères est comme avoir des ailes qui nous emmènent là où on souhaite.
Voyez-vous encore des liens possibles entre votre travail actuel et l’aide à apporter à Taramana dans le futur ?
Oui, je vais toujours garder les liens avec Taramana puisque c’est grâce à Taramana que j’ai aujourd’hui. Je vais faire tout ce que je peux faire afin de pouvoir redonner ce que j’ai reçu de Taramana aux autres enfants pour qu’ils puissent construire leur avenir sous une autre forme.
Avez-vous déjà un projet professionnel en tête ? Pensez-vous rester en France ou rentrer au Cambodge ?
Mon projet est de me former le maximum possible, aller le plus loin possible, pour que je puisse aider du monde le plus possible.
Y a-t-il un rêve professionnel ou personnel que vous poursuivez maintenant ?
Maintenant, mon rêve d’enfance se réalise, pour l’instant je n’ai pas de rêve concret à poursuivre, mais ce que je voudrais faire,
c’est d’accompagner les autres pour atteindre leurs rêves.
L’histoire de Vuthny est celle d’un enfant curieux devenu un médecin engagé, porté par son travail acharné, sa sensibilité et l’accompagnement reçu à Taramana. Son parcours force l’admiration et rappelle à quel point un environnement bienveillant peut changer une vie.
Désireux de continuer à apprendre pour mieux soigner, mais aussi de redonner à l’association qui l’a vu grandir, Vuthny incarne l’espoir, la persévérance et la générosité que nous souhaitons transmettre aux nouvelles générations.
Nous le remercions chaleureusement pour son témoignage et lui adressons tous nos vœux de réussite dans les belles étapes qui l’attendent encore.
Pour en savoir plus sur le parcours de Vuthny et son évolution inspirante, nous vous invitons à lire l’article du 30 octobre 2010 paru dans le blog de Jocelyn D., président fondateur de Taramana : https://taramana.over-blog.org/article-vuthny-futur-docteur-de-taramana-59961571.html



